Le « non » français et le « non » néerlandais ne sont pas des incidents de parcours. Deux peuples ont dit « non » aux orientations trop libérales de l'Europe. Ils n’ont pas exprimé un refus de l'Europe, mais ils ont rejeté une certaine manière de la faire.
Le nouveau traité que le Président de la République a décidé de faire ratifier par voie parlementaire est quasi identique au précédent texte.
C'est antidémocratique : lorsqu'une question a été tranchée par référendum, on ne court-circuite pas le peuple en lui disant que désormais, cela ne le concerne plus et que les parlementaires
auront le dernier mot !
Il est trop facile de changer les règles du jeu en cours de route. Imaginez qu'au milieu d'un match de rugby, surtout si l’une des parties entrevoit sa défaite,
l'arbitre, complice, change le nombre de remplaçants ! Il y aurait une émeute !
J'entends dire que, dans l'intérêt de la construction européenne, il ne faut pas retomber dans « le piège dont rêvent à nouveau les opposants ». Mais qui sont les opposants ? Serait-ce
le peuple français ? Belle conception de la démocratie que celle de considérer le peuple comme un empêcheur de tourner en rond ! J'entends dire aussi que les Français ont été avertis,
Nicolas Sarkozy ayant indiqué clairement qu'il choisirait la voie parlementaire. Croyez-vous qu'il ait été élu sur cette promesse ? Au demeurant, n’a-t-il pas aussi fait des promesses sur le
pouvoir d’achat ?
Cet acte politique éloignera encore les citoyens de la construction européenne, qui n'aura plus la moindre légitimité car elle se fera sans eux. Pourtant, la campagne référendaire a montré combien ils s’y intéressent ; ils ont des attentes fortes en matière d'emploi, de croissance, de protection, et ils ont compris qu’il ne nous faut pas une Europe réduite à un vaste marché.
Nous sommes tous de fervents démocrates, attachés à une Europe fondée sur l'adhésion des peuples. Notre Constitution elle-même consacre la souveraineté du peuple.
Certes, le vote du Parlement est l'expression de la représentation nationale, mais il ne remplace en rien celle de la société librement consultée. Il y a même parfois un gouffre entre les deux : en février 2005, le Congrès avait voté à plus de 80 % le projet de loi constitutionnelle ; trois mois plus tard, le peuple s'est prononcé contre à 54 % !
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